Ce lundi 8 juin 2026 est le tout premier jour de la résidence de journalisme de territoire à Fontaine-l’Abbé. Récit de ma journée découverte de ce petit village du département de l’Eure (27) de 574 habitants.

Lundi 8 juin 2026, 10h, j’arrive à l’heure dans l’Eure (27). Possible que ce mauvais jeu de mot d’intro n’amuse plus vraiment les locaux. Espérons qu’ils le pardonnent quand même à la journaliste toulousaine fraîchement débarquée que je suis. Ce matin, le soleil joue à cache-cache avec les nuages. La campagne fontenoive est verdoyante – c’est comme ça que l’on appelle les habitants de Fontaine-l’Abbé : les Fontenoifs et les Fontenoives. Plus tard, le maire du village normand, André Van Den Driessche, m’apprendra qu’il s’agit probablement d’une erreur de prononciation non corrigée.
La première visite et première rencontre se fait à l’épicerie participative, locale et solidaire :Fontaine de Saveurs. Située dans le centre-bourg, la petite épicerie de Fontaine-l’Abbé, née à l’initiative de la mairie en partenariat avec l’association Bouge ton Coq, est ouverte depuis le 15 janvier 2026. Ce matin, Jean Vincent, l’actuel président, m’attend derrière sa caisse à l’entrée. Sur les étals, les étagères et dans les frigos, on trouve de tout : laitages, crèmes fraîches (bien sûr), conserves diverses (pois chiches, thons et sardines…), miels, farines, tisanes, pommes de terre, oignons, chocolats, produits ménagers, pains, œufs, cidres (logique)…


Jean Vincent, l’actuel président de l’association de l’épicerie participative Fontaine de Saveurs © Récit en Série – Isabelle Desprez.
Fontaine de Saveurs privilégie des produits locaux, bio ou pas, de qualité. « Pour 20 € par an, chacun peut adhérer et profiter des produits vendus à prix coûtant, en échange de 2 heures par mois pour faire vivre l’épicerie. Aujourd’hui, on compte 80 foyers inscrits, 20 producteurs et 30 bénévoles actifs », résume le président. Pour mieux découvrir la vie de la nouvelle petite épicerie et surtout de tous ses bénévoles-clients-habitants, rendez-vous est pris le jeudi 11 juin 2026. Avant de repartir, j’entends et aperçois les enfants jouant dans la cour de l’école primaire Victor-Hugo, qui comprend 2 classes de 38 élèves, du CP au CM2.
Sur la route de Serquigny, dans le virage, j’emprunte le petit chemin qui mène au tiers-lieu Les Nouvelles Coordonnées de Fontaine-l’Abbé. C’est dans cette Coopérative artistique, rurale, artisanale et vivante que je vais poser mes valises le temps de ma Résidence de journalisme de territoire. Au premier étage du tiers-lieu, les occupantes de l’espace de coworking sont au travail. Jennifer Deroin, la présidente de la coopérative, est en réunion. Pas de problème, Ophélie Petit, l’administratrice, m’aide à m’installer dans ma chambre au premier étage de la maison. Puis Andréa, ma colocataire de 21 ans, stagiaire en 3e année del’École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles – située au Château, s’il vous plaît – et future architecte du dehors, me propose une petite visite des hangars et abords du tiers-lieu.

Au rez-de-chaussée, casque visé sur les oreilles, Lucie, stagiaire à l’École Décor de Le Mans, s’applique sur sa fresque tout en nuances de gris qui raconte l’histoire du lieu. L’activité industrielle du site remonte à 1603 avec l’installation de Forges par Antoine de Garencières seigneur de Courcelles, puis se poursuit en 1949 avec la Société de Fabrication des Ébénisteries Radio (SFER). En 1979, Mudry & compagnie y construit des avions de voltige en bois “cap”, reconnus dans le monde entier.


Et depuis 2012, les Ateliers INSITU y ont d’abord installé leurs décors de théâtre avant de devenir la coopérative Les Nouvelles Coordonnées en 2023. Mais j’y reviendrai aussi plus tard plus en détail.


Le dernier rendez-vous de la journée a lieu à la mairie, avec André Van Den Driessche, maire depuis 1989. Pour parcourir Fontaine-l’Abbé, avec ses hameaux (Courcelles, Camfleur, le Grand Chesnay, le Petit Chesnay, la Barberie, la Blinière, la Serinière, les Bruyères, la Farouillère et le bourg) et ses 1 323 hectares, j’embarque dans la voiture du maire aux 9 mandats – il est entré au conseil en 1977, occupant un poste de premier adjoint alors qu’il n’avait que 22 ans. Dans le centre-bourg, on évoque la salle des associations de 200 m2 et les 17 logements sociaux, puis on admire le vieux pigeonnier, l’église Saint Jean-Baptiste avec son clocher et « ses quatre sans cloches », ainsi que le Château de Fontaine devenu un grand Haras.

« Avec ses 60% de forêts privées, ses 20% de vallée et ses zones humides, la commune est préservée », précise André Van Den Driessche. Puis on passe sur la Charentonne (la rivière), traverse la Forêt de Beaumont-le-Roger, descend par sud-est vers le Chesnay (Petit et Grand), remonte par le sud-ouest vers la Blinière et la Barberie, s’arrête au château d’eau et reprend la rue de la Fausse Acre en direction de la station de pompage connectée au réseau de la Syndicat d’adduction en eau potable (SAEP) de la Charentonne. « On compte aussi trois anciens moulins : Saint-Ernest aux Nouvelles Coordonnées, Saint-Victor (une ancienne laiterie) et Saint-Rémy. »

Après l’étang de pêche du Petit Paradis, on discourt sur les champs de lin (une spécialité agricole normande), longe la Sacherie de la Charentonne, aperçoit à peine le Manoir et remonte vers le nord-est par la rue de la Côte Blanche et le Bois de Courcelles. Après la Farouillère et les Bruyères, on apprécie les briques rouges des anciennes cités ouvrières pour revenir à notre point de départ. La boucle est bouclée. La bruine normande commence à tomber. Et on se promet jusqu’au 5 juillet 2026 d’arpenter à nouveau Fontaine-l’Abbé et ses hameaux.

Depuis avril jusqu’en octobre 2026, à raison de trois jours par semaine, Sarah Lewczuk et Clément Simon, les deux volontaires ruraux de l’association InSite, effectuent leur service civique à Fontaine-l’Abbé. Ce mardi 9 juin 2026, ils nous font découvrir deux de leurs projets autour de la biodiversité : une randonnée de géocatching et une balade commentée dans l’espace boisé du tiers-lieu.
Depuis 2024, dans le cadre du Programme national de Numérisation et de Valorisation (PNV) de la DRAC de Normandie, l’architecte-historien Maximiano Atria passe tous ses jeudis à reconstruire les archives de l’histoire industrielle de la friche qui abrite aujourd’hui le tiers-lieu Les Nouvelles Coordonnées. Récit audio et photos de tout ce riche passé industriel de Fontaine-l’Abbé.
Ce lundi 8 juin 2026 est le tout premier jour de la résidence de journalisme de territoire à Fontaine-l’Abbé. Récit de ma journée découverte de ce petit village du département de l’Eure (27) de 574 habitants.