En 2005, le maire de Fontaine-l'Abbé André Van Den Driessche décide de faire construire 17 logements sociaux dans le bourg. Plus de 20 ans après, les locataires ont changé et changent encore... Pour ces habitants fontenoifs, il s'agit souvent d'une étape de transition, d'un "entre deux logements", qui dure plus ou moins longtemps. Rencontre un dimanche matin avec quelques résidents du lotissement.
Il n’est pas si courant dans un village rural de seulement 574 habitants d’avoir des logements sociaux. Encore moins tout un lotissement de 17 logements sociaux, construit en 2005 dans le bourg, à l’arrière de la mairie et de l’école. Selon les statistiques de l’INSEE de 2022 : Fontaine-l’Abbé compte 277 logements, dont 7,3 % de logements sociaux et 6,5% de résidences secondaires. Lorsque André Van Den Driessche le maire de Fontaine-l’Abbé en lance la construction, la décision ne fait pas l’unanimité et inquiète quelque peu certains habitants. Mais depuis plus de 20 ans maintenant, les craintes ont disparu et la question ne se pose plus. Les locataires font partie à part entière des habitants fontenoifs, permettant même de faire grossir au fil des années les effectifs de l’école Victor-Hugo située juste derrière.
Ce dimanche 21 juin 2026 matin, avant la canicule annoncée de l’après-midi et des jours suivants, quelques résidents des logements sociaux fontenoifs bricolent dehors, devant leur garage. Le lotissement est assez vert, des arbres bordurent la rue-impasse et les maisons jumelées. Le quartier respire le calme. Dans le ciel, les hirondelles de fenêtre au ventre blanc et aux ailes noires-bleues-marron virevoltent entre les maisons, sous les toits où elles ont bâti leurs nids. Avec l’accord tacite et amical des résidents.





Les premiers locataires rencontrés sont Catherine et Gontran, 58 ans, qui ont le sourire accueillant. Le chauffeur-routier sort des antennes de Cibie devant sa porte pour les vendre. Gontran, dit Elvis – c’est son nom de cibiste et de photographe –, a garé son camion devant l’église.
Les week-ends, il lui arrive de photographier les pilotes sur les circuits et des jeunes mariés, comme ses anciens voisins. « Quand le jeune couple habitait en face de chez nous, si je faisais trop de popote, je leur en donnais toujours, raconte Catherine qui reconnaît avoir un petit côté mère-poule. Il y a souvent du changement dans le voisinage du lotissement. Les gens s’installent puis repartent : certains le temps de faire face à des difficultés financières, d’autres après avoir acheté une maison dans le coin ou fait construire, ou encore après avoir trouvé du travail ailleurs. »
Et Gontran d’ajouter : « Le logement est pas si mal, on ne s’en plaint pas trop. Même si le bailleur social pourrait faire plus de travaux, notamment sur les plastiques qui cassent avec l’usure. »

Dans le jardin de leur petite maison de 90 m2, Catherine aime s’occuper de ses roses, observer les oiseaux, et surtout… garder ses petits-enfants ! « On est arrivés à Fontaine-l’Abbé en 1990 pour le gardiennage du manoir du château, détaille Catherine. J’ai été longtemps concierge dans un immeuble à Paris. Puis on s’installés dans ce logement social en 2013. Nos deux filles – pas notre fils aîné – ont été scolarisées à l’école primaire communale. À l’époque, la maîtresse, c’était la sœur de notre voisine. En tant que mère au foyer, je leur ai appris les choses de la vie, le respect et la politesse. Aujourd’hui, nos enfants sont notre plus grande fierté ! »
Devant sa maison un peu plus loin dans la rue, Quentin, 27 ans, est adossé à son garage. Le charpentier-menuisier est un Fontenoif pur jus. Ses grands-parents habitent toujours le hameau du petit Chesnay. « J’ai été à l’école ici. Je connais très bien Colette Hamelet, l’ancienne cantinière. Moi, j’y ai un mauvais souvenir : quand j’étais en CP, un CM2 m’a déchaussé les dents sur un banc. Depuis, malgré l’opération, j’ai toujours des problèmes de santé à cause de cet incident… »
Avec sa femme Maëva, une vendeuse de 25 ans, Elyo son fils de 5 ans et Léna sa fille de 3 ans, la famille habite le lotissement depuis 3 ans. Leur logement social est une maison de 90 m2 à 670 € de loyer. « On cherche une maison à retaper, mais on peut aussi partir : tout dépendra de ce qu’il va se passer pour moi côté travail quand mon patron va prendre sa retraite… » Côté logement, la famille attend toujours que le bailleur social s’occupe de la fosse septique qui s’est affaissée dans leur jardin. « ll y a eu des malfaçons à la construction qui auraient dû être réparées…, s’inquiète le jeune père de famille. C’est surtout dangereux pour les enfants. »
Son fils Elyo, atteint du Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA) avec un Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) en plus (comme son papa), se rend dans une école spécialisée à Saint-Georges-du-Vièvre. « Au vu de nos horaires de travail à tous les deux, un taxi l’amène à 8h et le ramène à 17h. Maintenant qu’il est suivi, qu’il suit un traitement, et qu’il a une AESH – son Accompagnante d’Élève en Situation de Handicap – avec lui, ça va mieux. Mais ça n’a pas toujours été facile entre tout : l’orthophoniste, la psychologue, les semelles orthopédiques, les bilans neurologiques… Et tout n’est pas remboursé, y compris par la mutuelle ! Aujourd’hui, je sais que ça va aller, surtout parce qu’Elyo va bien. »

Dans la maison d’en face, Steve, 39 ans, agent de la voirie à la mairie de Bernay, et Fanny, 42 ans, aide à domicile pour l’Intercom Bernay, y sont arrivés en 2018. « Comme ma femme est enceinte, on cherche à acheter. Il y a peu, une maison nous est passée sous le nez…, explique Steve en pleine réparation de mécanique auto. Depuis que le bailleur social a fait installer une pompe à chaleur, le logement est bien plus agréable et moins coûteux ! Nous, on a connu les HLM et on n’y retournerait pas. Mais je trouve le loyer un peu cher pour des logements sociaux dans un petit village rural sans commerce. Après, on est quand même bien ici… »
Logique. Hasard ou coïncidence, le voisin d’à-côté est le meilleur copain d’enfance de Steve, et sa femme la meilleure amie de Fanny. « On se connaît tous. C’est très convivial dans le lotissement, assure l’aide à domicile qui s’occupe aussi de plusieurs personnes âgées du village. Certains dimanches soirs, on se pose dehors et chacun ramène de quoi manger ensemble… » D’ailleurs, Maëva vient tailler le bout de gras avec sa voisine pendant que Quentin finit de passer la serpillière dans la maison. Elyo aussi vient jouer avec son camion-poubelle. « J’ai fait un grand tiramisu, tu en voudras ?, demande-t-elle. J’adore faire de la pâtisserie, mais pas avec ces températures-là ! » Il faut dire que c’est du jamais vu : 54 départements, dont l’Eure, sont classés par Météo France en vigilance rouge canicule !
Au final, qu’ils soient originaires du village, venus gardienner le château ou s’occuper des personnes âgées du hameau, installés depuis quelques années ou juste de passage, qu’eux ou leurs enfants aient été scolarisés dans l’école communale, les locataires-habitants des 17 logements sociaux de Fontaine-l’Abbé font bel et bien vivre aussi ce hameau de 574 âmes. Bien inspiré, Steve lance même une idée : « Il ne nous manque plus que la mairie organise une grande fête entre voisins ! »
Qu’est-ce que le logement social ?
Un logement social est un logement destiné, à la suite d’une initiative publique ou privée, à des personnes qui ont des difficultés à se loger le plus souvent pour des raisons financières. Les locataires peuvent accéder, sous certaines conditions, à ces logements à loyer modéré. Un logement social est financé par des subventions et des prêts privilégiés dans le cadre d’une convention avec l’État, et loué à des personnes ayant des revenus modestes ou moyens.
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C'est l'histoire d'une réalité de la ruralité, celle de voir embarquer, du lundi au vendredi, dans des cars entiers toute une jeunesse en devenir sur les routes de France et de Normandie. Embarquement, ce mercredi 24 juin 2026, dans les bus scolaires de la Région Normandie qui amènent, jour après jour, les jeunes de Fontaine-l'Abbé dans leur collège Marie Curie de Bernay.
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