Marie-Christine Delauné, 61 ans, est la cantinière de l’école primaire Victor-Hugo de Fontaine-l’Abbé depuis près de 14 ans maintenant. Et si on faisait, ce vendredi 12 juin 2026, un petit tour par les cuisines de la cantine ? Retour en enfance.
Ce vendredi 12 juin 2026, il est 8h. Marie-Christine Delauné la cantinière de l’école Victor-Hugo à Fontaine-l’Abbé a démarré son service à 7h. « En arrivant, j’ouvre et je sors les pains. Et je pointe les messages des parents pour savoir s’il y a des absents aujourd’hui à la cantine. Ici, on est sur du zéro gaspi, zéro perte. C’est l’avantage d’une petite école : je n’ai pas de gros stocks en surplus, j’achète juste ce qu’il faut pour le nombre d’élèves. »

La cantine est située à l’arrière de la mairie, juste à côté de la cour de l’école. La cantinière établit les menus à l’avance, par 7 semaines de 4 jours – il n’y a pas cantine le mercredi. Une fois la dizaine d’élèves gardés par sa collègue Céline Poulain partis en classe, Marie-Christine commence par mettre les couverts sur les tables pour les 32 élèves du jour. La cantinière connaît tous ces gestes-là par cœur, elle officie dans ses cuisines depuis 2014. « Parfois, d’anciens élèves me reconnaissent et viennent me parler en souvenir de leurs jeunes années à l’école et à la cantine, ça fait chaud au cœur », raconte celle qui devrait prendre sa retraite à la fin de la prochaine année scolaire en 2027.
8h30. Les deux employées municipales font le décompte des tickets dans les enveloppes : Lucas, Rose, Medhi, Raphaël, Timéo, Kylian, Capucine… À Fontaine-l’Abbé, le repas est à 3,40€. Au total : 32 élèves mangent à la cantine, 12 restent à la garderie. Marie-Christine rentre tout dans son ordinateur, Céline le note à la main sur son tableau. Marie – comme les gens l’appellent souvent – et Céline fonctionnent à l’entraide et à la complicité.

Ce matin, pour des raisons de santé, la cantinière donne un coup de main sa collègue pour nettoyer le sol de la grande salle des associations. Les deux employées se taquinent volontiers. « C’est ma famille du boulot, Céline va beaucoup me manquer quand je vais prendre ma retraite… » Céline Poulain, qui est en charge de la garderie et du ménage de l’école et de la salle des associations, travaille en horaires coupés dans la journée. Marie-Christine, elle, travaille 32h par semaine, de 7 à 15h tous les lundis, mardis, jeudis et vendredis.
Retour à la cantine, côté cuisine. La cantinière change de blouse, enfile ses crocs et sa charlotte. Elle se lave les mains, un peu à la manière d’un chirurgien. « L’hygiène, c’est très important ! Tous les trois mois, on a un contrôle aléatoire d’un laboratoire indépendant. » La cantinière commence par couper ses pains, 2 tranches par enfant. « Ils peuvent en avoir plus s’ils le demandent et s’ils ont fini leur assiettes, mais pas question de gaspiller. »


Pour l’hygiène, la cantinière change de blouse, enfile ses crocs et sa charlotte. Elle se lave les mains, un peu à la manière d’un chirurgien. © Récit en Série – I.D.
Puis elle enfile ses gants pour préparer les entrées. Marie sort aussi ses paquets de pâtes et ses jambons. Aujourd’hui, c’est le grand classique des plats liés à l’enfance : coquillettes-jambon. « En 14 ans, les goûts des enfants ont changé. Alors, je l’adapte à eux ! Bien sûr, je leur cuisine toujours des légumes (haricots verts, petits pois, carottes, salades, ratatouille…), mais je fais moins de gratins de choux fleurs, d’endives au jambon et de brocolis. »
Avant la préparation des plats, la cantinière rentre dans le tableau de son ordinateur toutes les références des produits. « Ce n’est pas le plus marrant, mais c’est une question de traçabilité ! », précise-t-elle. Puis elle place dans des sachets 100 g de chaque plat qu’elle garde au frigo d’une semaine sur l’autre en cas d’intoxication alimentaire.

10h45. Les enfants jouent gaiement dans la cour de l’école. Après leur départ, les hirondelles des fenêtres y virevoltent à leur tour. Maîtresse Fanny, puis mairesse Charline – comme les appellent chaleureusement Marie – passent à la cantine. « Les deux institutrices et les deux employées de mairie : on fait toutes partie d’une même équipe ! Il n’y a pas de hiérarchie entre nous et c’est très appréciable », notent-elles ensemble.
Ce matin, c’est au tour de Daniel Baron, l’élu en charge de la partie technique, de lui apporter un petit outil pour enlever les mauvaises herbes devant l’allée de la cantine. « C’est gentil, il n’a pas oublier », apprécie-t-elle. Ménage, cuisine, garderie, préparation du café à la mairie… Céline et Marie-Christine, les deux employées communales, sont multi-tâches. « L’été, précisent-elles,on prend en charge aussi le gros entretien des locaux et des extérieurs : on enlève les mauvaises herbes, on repeint, on passe le Kärcher… On s’occupe aussi de l’organisation des cérémonies commémoratives et des décorations de Noël. On sait gérer la chaudière et prévenir le plombier en cas de de fuite. On se débrouille pas mal, quoi. »
11h45. La cantinière prépare les coquillettes juste avant l’arrivée des enfants.


12h05. Les élèves débarquent dans la cantine en disant « bonjour ». « Ici, les élèves travaillent la politesse et l’autonomie en découpant seuls leurs plats au couteau », liste la cantinière. Et Céline de compléter : « Dans la cantine, il y a des règles : on refuse qu’ils se parlent mal et on les autorise à chuchoter. » D’abord, les enfants viennent par table chercher leur entrée. « Tout ce qu’elle fait Marie, c’est trop bon. Surtout les pâtes à la carbonara », assure Anna, élève en CM1. Capucine en CP nuance : « Tout, à part les épinards ! » « Moi j’adore ses burgers avec les galettes de pomme de terre », ajoute Arronne en CM1.

Dans la case meilleurs plats, Clément élève en CE2 est catégorique : « Pour moi, c’est les frites : quand Colette vient aider Marie à les faire. » La cantinière ajoute : « Les enfants savent qu’il y a des frites parce qu’ils reconnaissent le vélo de Coco. Colette Hamelet, 82 ans, était l’ancienne cuisinière. Et tous les deux mois environ, elle revient à la cantine. Je lui coupe les patates et elle se régale à les faire frire à nouveau pour le enfants. Même si elle, elle n’a pas connu cette cuisine ultramoderne. »
Dans les autres tables, Rose élève en CP adore les lasagnes. Quant à Maëlys et Lou, elles ne sont pas d’accords : la première aiment beaucoup les brocolis, et la seconde pas du tout. « Et si je vois qu’un enfant mange pas ou peu, explique-t-elle, j’en discute toujours avec les parents. »
Après les yaourts, les élèves rangent leurs couverts dans les pots jaunes et entassent verres et assiettes en bout de table. La cantinière les récupère sur son charriot pour les mettre directement dans le lave-vaisselle. Dans la cantine, le brouhaha ambiant monte le son. Céline les avertit une fois, deux fois, puis elle sort le pot à crayons et les feuilles en guise d’avertissement de punition. Certains plus bruyants ou ayant renverser de l’eau vont se calmer une petite minute à la porte de la cour. Deux élèves aident à ramasser les pots de yaourts vides, les petites cuillères et les verres.


C’est l’heure du nettoyage ! © Récit en Série – I.D.
Une fois tous les enfants sortis dans la cour avec Céline, la cantinière finit sa journée en nettoyant intégralement la cantine et la cuisine. Elle rentrera chez elle vers 15h avec ses chiffons, torchons et serpillères à laver. Lundi matin, Marie-Christine retournera faire ses courses pour les menus de la semaine prochaine.
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