La chorale Muzaïka est en pleine répétition de sa XVIIe Sérénade d'été "Rosa Amarela". Rendez-vous ce mardi 16 juin 2026 avec Berthie Wiel la cheffe de chœur, les 38 choristes-habitants et les chants du monde dans la salle des associations de Fontaine-l'Abbé. Le plus ? Entendez aussi leurs mosaïques de voix en podcast.

Qui aurait cru que dans un hameau de 574 âmes de l’Eure comme Fontaine-l’Abbé, on entendrait chanter en Swahili de Tanzanie, en Maori de Nouvelle-Zélande, en portugais brésilien, en basque espagnol, en serbe… ? Et cela ne date pas d’hier. La chorale fontenoive a été fondée en 2007 par Berthie Wiel, la cheffe de chœur, et par une petite troupe de choristes de la première heure. Depuis, la chorale compte pas moins de 38 choristes : 10 Alti (voix féminines à la tessiture grave) et 16 Soprani (voix féminines plus aiguë) côté femmes, et 5 tenors (voix masculines plus aiguës) et 7 basses (voix masculine à la tessiture grave) côté hommes.
Ce mardi 16 juin 2026, dans la salle des associations de Fontaine-l’Abbé, la chorale Muzaïka – Chants du monde est en pleine répétition de sa XVIIe Sérénade d’été en vue de son concert « Rosa Amarela » du mardi 30 juin à 20h30 ici même. Partitions et cahier en main, Berthie Wiel, à la direction du chœur, explique : « On chante à 4 voix, une dizaine de nouveaux chants du monde profanes chaque année, qui ont tous pour thèmes principaux : l’amour, l’espoir, la fête. On est des amateurs, note-t-elle. Mais on pratique tous et toutes avec un vrai engagement, car on porte un projet musical artistique aux valeurs de solidarité et d’ouverture au monde. » La cheffe de chœur, qui s’est formée à la direction, apprécie voir les progrès de ses choristes en répétition. « Tous ne savent pas lire les partitions, alors je leur envoie mes enregistrements audio sur notre groupe WhatsApp. Et même si les chants sont en langue étrangère, les choristes savent toujours ce qu’ils chantent. »
« Dans une chorale, ce qui est beau, c’est qu’on ne peut rien faire sans les autres, qu’on ne peut se mettre en valeur qu’ensemble. »
Berthie Wiel, la cheffe de chœur de la chorale Muzaïka
En plus des répétitions du mardi soir, Berthie organise aussi au village un week-end de stage intensif par an et des ateliers par pupitre – pour chaque tessiture de voix, quoi – un vendredi par mois. « Dans une chorale, ce qui est beau, c’est qu’on ne peut rien faire sans les autres, qu’on ne peut se mettre en valeur qu’ensemble. On forme une mosaïque de voix pour une mosaïque de chants du monde. » Les choristes viennent du hameau de Fontaine-l’Abbé et des villages alentours. Avis aux amateurs : la chorale recrute toujours de nouveaux chanteurs et chanteuses. Le tarif d’inscription de 20 € par an est largement accessible, et c’est même gratuit pour les moins de 18 ans.

Petit à petit, la salle se remplit. Chacun installe ses chaises par groupes en arc-de-cercle face à la cheffe de chœur. Arrivée avec sa moto 50 cm3 flambant neuve, Léna, 15 ans, la plus jeune chanteuse de la chorale, fait sensation auprès de ses partenaires de chant. La collégienne résume : « J’adore chanter, apprendre de nouvelles langues et l’ambiance sans compétition de cette chorale de tous âges. »
L’Italien Giuseppe – ça s’écrit comme Verdi – avance : « On est des amateurs super-bosseurs. Moi, je chante même en faisant mon jardin. » À côté, sa femme belge Chantal confie apprécier partager ça aussi avec son mari. Et Éléonore, 26 ans, venue avec sa mère, dit « aimer comment sonne leur polyphonie ». Dans la chorale, on retrouve encore les aînés de la gym Jeanne-Marie et Jackie qui habitent tout près, Jean le président de l’épicerie participative Fontaine de Saveurs, et Daniel l’élu en charge de la partie technique rencontré à la cantine, ou encore « l’amateur des chants du monde » David le mari de Muriel l’adhérente-bénévole vue à l’épicerie jeudi.
L’échauffement commence. Au programme : pieds bien ancrés dans le sol, expiration par la surprise, automassages de la mâchoire et des résonateurs (partie de l’appareil phonateur qui amplifie les sons émis par les cordes vocales)… La cheffe de chœur dirige avec ses bras les groupes de voix, se met parfois au piano, revoit ses partitions pour s’ajuster et avec son diapason lance les différentes tessitures sur le bon ton : « mo ma mé… hi hé ha hé hi… Langue sur le palais du bas et mouvement de yoyo… Tenez toujours bien vos notes… »



Au fil de la répétition, les chants du monde résonnent magnifiquement dans la salle des associations : « Malaïka » en Swahili, « Adejo Jano » en Serbe, « Pokarekaré » en Maori, « Rosa Amarela » en Brésilien, « Hegoak » en Basque espagnol… Bien sûr, il reste encore quelques réglages ici ou là avant le concert, mais les 38 voix de cette petite chorale d’habitants normands s’harmonisent parfaitement ensemble.
C’est la pause. Les choristes s’hydratent et reprennent leurs discussions. Le bras en écharpe, Nicole, 75 ans, reconnaît : « On s’entend tous bien, on parle de tout. Moi, je chante tout le temps à la maison, j’aime la musique, ça me fait du bien. Ici, en plus des cordes vocales, je travaille aussi ma mémoire. Car certaines langues sont plus compliquées à retenir pour moi… » Pour Anne-Marie, venue de Paris, la chorale lui a permis « de sympathiser plus facilement avec les habitants ». Josiane et Stéphanie Pierre, la présidente de l’association Muzaïka, qui sont d’anciennes collègues enseignantes de Berthie Wiel, précisent : « On était là au début de la chorale, et même avant avec le chœur des enfants de l’école de Fontaine. »
La seconde partie des chants se poursuit : « voix 1, voix 2, puis tutti. » La chorale reprend maintenant un chant en yiddish traditionnel (langue germanique, avec des éléments hébraïques et slaves) couplé à sa version écrite en arabe par Malika, l’une des choristes du chœur. À Fontaine-l’Abbé, la chorale Muzaïka rapproche non seulement les cœurs des habitants normands dans ce petit hameau de l’Eure, tout en y faisant entendre toutes les voix du monde.
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