Du 15 au 18 juin 2026, le tiers-lieu des Nouvelles Coordonnées de Fontaine-l'Abbé accueille des ateliers de formation dispensés par les professionnels de la coopérative : vidéo, modélisation 3D, construction bois et métal, ou encore atelier réemploi textile. Récit de ces trois jours de formation.
Les lundi 15, mardi 16 et jeudi 18 juin 2026, partout dans les hangars et les bureaux de coworking du tiers-lieu Les Nouvelles Coordonnées, sont organisés des ateliers de formation. Installé dans les anciennes friches industrielles de Fontaine-l’Abbé, le tiers-lieu est une coopérative artistique, rurale, artisanale et… vivante ! Il suffit de compter le nombre de voitures sur le parking pour évaluer le niveau d’effervescence du lieu. Depuis 2012, les Ateliers INSITU y éco-construisent notamment des décors, avec une part de réemploi de matériaux issus de scénographies déclassées. Entre deux décors de théâtre entre autres, les professionnels intermittents et locataires de la coopérative font ces jours-ci de la formation tous azimuts : vidéo, modélisation 3D, construction bois et métal, et réemploi textile.
Reconversion, remise à niveau, découverte de métiers, stimulation d’idées, montée en compétences, recherche de voix professionnelles… Les apprenants – comme ils disent ici – de tous les âges et de tous les horizons suivent pour toutes ces raisons ces 3 jours de formation aux Nouvelles Coordonnées. Pour cette nouvelle session, les 20 apprenants sont suivis par Éducation et Formation, un organisme normand engagé depuis plus de 50 ans pour le développement de la formation et de l’éducation tout au long de la vie. Michelle Dubus, formatrice chez Education et Formation, confirme l’intérêt du partenariat avec le tiers-lieu comme nouvel espace de compétences : « Dans le cadre de DEFFINOV Tiers-lieux de la Région Normandie, on mène ensemble des actions en qualification pour les accompagner à tous les stades de leurs projets professionnels. Et en plus de cet objectif de formation, c’est à la fois un soutien au tiers-lieux et une ouverture aux métiers du spectacle pour les participants. »
Avec ses stabilisateurs pour portables et ses micros, Denis Dartnell, professeur des Arts du Spectacle au lycée des Métiers d’Art de Brionne (27) et indépendant avec sa société de production audiovisuelle Trope Studio, s’est – en toute logique – installé avec ses 4 apprenants dans la grande salle de réunion et de projection. « Je fais partie de la coopérative depuis le début avec Fred Lescat, le petit-fils Mudry qui avait relancé le projet en 2007. La plus-value de toutes ces formations au tiers-lieu ? C’est qu’à chaque session, on fait en sorte que tous nos projets se croisent ! »
Cette fois-ci, le lien, le point commun, c’est Fontaine-l’Abbé : vidéo sur les habitants et le village, conception 3D et construction de deux mange-debout en bois et métal, et confection de deux tabliers en réemploi textile pour l’épicerie Fontaine de Saveurs.

Ce lundi 15 juin 2026, les 4 apprenants découvrent le matériel vidéo : bonnettes des micros, stabilisateurs pour les mouvements de caméra… « Je veux leur montrer qu’un simple appareil-photo leur offre déjà en vidéo une grande créativité », assure le formateur. Alla, ancienne pharmacienne ukrainienne, « cherche à améliorer son français et à réaliser un film familial pour ses enfants ». Émilie, qui cherche sa voix et se passionne pour le cinéma, veut comprendre les coulisses du 7e art. Sharifa, réfugiée de la guerre au Soudan, aime déjà faire des photos et veut découvrir la vidéo. Frédéric, lui, aimerait en savoir plus sur l’épicerie participative de Fontaine-l’Abbé, qui lui rappelle celle qu’il a connu dans son enfance.
Le matin, Denis leur explique la différence entre travelling (avant, arrière et latéral) et zoom. « Le travelling garde tout le décor, contrairement au zoom qui en perd en changeant de focale. » Avant de passer directement à la pratique, il leur prodigue quelques conseils utiles : « Pensez votre cadre, votre mouvement et votre image fixe de fin. Partez bien de votre pied d’appui et avancez lentement. Attention, ça tourne, moteur, action ! » L’après-midi, les apprentis-vidéastes partent ensuite tourner des images de plans de coupe dans le village.





Mardi 16 juin 2026, Denis et ses apprenants vidéo vont sur le terrain à la rencontre des habitants de Fontaine-l’Abbé. D’abord pour une visite des ruches et du petit coin de nature – il a planté lui-même ses arbres dans la vallée – de André Planchenault, 93 ans. Puis direction l’école et l’épicerie avec François Dieulle, ancien élu qui a œuvré à la construction de ce projet « d’épicerie du lien social » pour les 574 habitants. Enfin, jeudi 18 juin 2026, la formation se poursuivra avec les apprenants par le montage de la vidéo sur le village et ses habitants.
Dans la petite salle à l’entrée, l’ambiance est studieuse. Romain Renault, intermittent du spectacle et chef constructeur décors pour les Ateliers INSITU, est formateur en modélisation 3D. « Ici, présente-t-il, on conçoit et modélise sur le logiciel Sketchup les deux mange-debout de l’épicerie. » Tout se passe donc sur des ordinateurs. Le formateur travaille en amont des autres formations sur la conception du plateau en bois et du pied en métal. « Voilà, rassemble tes points entre eux. Tu sais comment obtenir le centre d’un octogone ? », interroge le formateur qui connaît l’importance des maths dans son métier.
Les deux jeunes apprenants du groupe modélisation 3D sont en mode découverte. Nils, 20 ans, a le projet de passer ses permis pour devenir chauffeur-routier. Bohdan, un Ukrainien de 20 ans, a déjà passé ses brevets pour être maître-nageur sauveteur. Quant à Vanessa, 44 ans, elle sait qu’elle est pile au bon endroit. Cette ancienne stratifieuse de catamarans de luxe – jusqu’à la fermeture de son usine normande – cherche « à se reconvertir dans la conception-fabrication de tables en détournant la résine époxy dans l’industrie du bois ».

Direction le cœur des Ateliers INSITU qui éco-construisent des décors, avec une part de réemploi de matériaux issus de scénographies déclassées. Dans le hangar-atelier découpe du bois, Matthieu Pontvianne, intermittent du spectacle et constructeur décors pour les Ateliers INSITU à l’Opéra de Rouen, guide ses apprenants dans le placement des tasseaux de bois qui forment l’octogone d’un des deux plateaux. Visseuse en main, Alizée, 20 ans, a été mal orientée au collège. Maintenant, elle reprend son destin en main pour passer son Bac Pro Technicien Menuiserie Agenceur. Après sa convalescence suite à accident de la route, Jason, 23 ans et boulanger de formation, se cherche un peu : il hésite entre le bâtiment et les piscines, et teste tout ce qu’il peut.

De leurs côtés, Cyrille et Madison sont là plus pour de la remise à niveau. « Je veux pouvoir aider mon fils en maths », précise la mère de famille de 31 ans. « Les mathématiques, il faut arrêter d’en avoir peur, assure le formateur de l’atelier bois. Lorsqu’on passe par la pratique, que l’on comprend à quoi ça sert, on retient mieux les choses : et des notions, comme la somme des angles d’un triangle ou les médiatrices et bissectrices, deviennent enfin bien plus concrètes ! »
À l’arrière des bâtiments, Olivier Vauchel a été l’un des premiers professionnels locataires à venir installer son entreprise V MÉTAL dans l’ancienne usine fontenoive il y a 14 ans déjà. De plus technique au plus artistique, l’artisan métallier fabrique tout en métal : vannage de rivière, bardage de hangar agricole, escalier extérieur en ferronnerie, marquise pour perron de porte, portail tôlé, kiosque et garde-corps en fer forgé… « Je construis tout à partir de simples barres d’acier : je chauffe, je coupe, je plie, je soude, j’assemble, je peins. »
Ce mardi 16 juin 2026, les 4 apprenants de l’atelier métal travaillent les pieds des mange-debout. Comme pour tous les autres ateliers, les apprenants sont là pour des raisons différentes. Contrainte d’arrêter son travail à l’usine de parfums suite à une maladie professionnelle, Mélinda, 45 ans, est venue à la formation pour se donner des pistes de reconversion possibles.
Équipées de pied en cap, Sandra, 51 ans qui va passer son Titre Professionnel de Soudeur-Assembleur industriel au Greta Normandie de Bernay, et Jennifer, la bricoleuse de 45 ans touche-à-tout qui veut être garagiste, se chargent de souder la platine du plateau en bois au tube du pied. Venu de Côte d’Ivoire il y a 4 ans, Porna, 33 ans, s’attelle à la découpe à la scie circulaire de l’encoche du pied du pied. « Je suis hyper motivé !, insiste-t-il. Comme Sandra, je vais me former au Greta, revenir ici en stage et obtenir mon diplôme pour pouvoir travailler comme soudeur. »








Aurore Bréhin, la formatrice, avec le tablier fait en jeans de récup du Centre de tri textile et un bleu de travail customisé pour modèle © Récit en Série – Isabelle Desprez.
Sur la grande table à l’étage des bureaux en coworking, Aurore Bréhin, la styliste de mode indépendante et formatrice de l’atelier réemploi textile, a étalé tout son matériel de couture : fils, boutons, tissus de seconde main, aiguilles… « Pas besoin de savoir faire de la couture ! Il n’y a pas de pré-requis pour apprendre à coudre ses premiers boutons, assure la formatrice textile. Le premier jour, je leur parle des problèmes de surproduction de la filière entre la surconsommation des produits de la fast fashion et les volumes des déchets textiles. C’est par cette entrée en matière que l’on évoque tout l’intérêt du réemploi textile issu des centres de tri. »
Rapidement, la formatrice aborde différentes techniques de couture : le point qui use moins de fil, le patch, les feutres, le reprisage, la broderie, le patchwork… Et surtout, la styliste leur enseigne la réparation créatrice qui permet non pas simplement de repriser mais de customiser et personnaliser ses vêtements. Et ça marche : les apprenantes textile avancent toutes bien sur leurs petites créations colorées ! Samantha va pouvoir rafistoler élégamment et à petit prix les vêtements déchirés par son garçon de 7 ans. À près de 50 ans, Ingrid est désormais prête à revoir sa façon d’acheter des vêtements. Lisa, elle, a pris goût à la couture : « J’ai très envie de créer plein trucs maintenant ! » Et Sophie, qui achète déjà que des vêtements de seconde main, a des idées plus créatives pour réparer les parties abîmées et garder plus longtemps ses habits préférés. « Le soir, j’en ai parlé avec mes enfants pour leur transmettre aussi les bons usages. »
À la fin, Aurore et les apprenantes n’auront plus qu’à customiser les deux tabliers de l’épicerie avec toutes leurs créations couture !





À n’en pas douter, après ces trois jours de formation dans les 5 ateliers auprès des professionnels du tiers-lieu des Nouvelles Coordonnées, les 20 apprenants de tous niveaux, de tous les âges et de tous les horizons repartiront bien avec des idées et des envies professionnelles plein la tête.
C’est quoi un tiers-lieu ?
Le terme « tiers-lieu », originaire des États-Unis, provient de l’anglais « third place ». Le tiers-lieu est défini au départ par le sociologue Ray Oldenburg à la fin des années 80, de manière simplifiée, comme un lieu où les personnes se plaisent à sortir et se regrouper de manière informelle, situé hors du domicile (first-place) et de l’entreprise (second-place). Aujourd’hui, ce sont des lieux du faire ensemble : des leviers d’innovation grâce aux espaces partagés qu’ils offrent, des lieux de rencontres et de partage qui encouragent aux collaborations et aux projets collectifs.
Ce lundi 8 juin 2026 est le tout premier jour de la résidence de journalisme de territoire à Fontaine-l’Abbé. Récit de ma journée découverte de ce petit village du département de l’Eure (27) de 574 habitants.
Depuis avril jusqu’en octobre 2026, à raison de trois jours par semaine, Sarah Lewczuk et Clément Simon, les deux volontaires ruraux de l’association InSite, effectuent leur service civique à Fontaine-l’Abbé. Ce mardi 9 juin 2026, ils nous font découvrir deux de leurs projets autour de la biodiversité : une randonnée de géocaching et une balade commentée dans l’espace boisé du tiers-lieu.
Depuis 2024, dans le cadre du Programme national de Numérisation et de Valorisation (PNV) de la DRAC de Normandie, l’architecte-historien Maximiano Atria passe tous ses jeudis à reconstruire les archives de l’histoire industrielle de la friche qui abrite aujourd’hui le tiers-lieu Les Nouvelles Coordonnées. Récit audio et photos de tout ce riche passé industriel de Fontaine-l’Abbé.