SÉRIE 3 – Fontaine-l’Abbé

Fanny Faby, l’aide à domicile fontenoive du SAAD qui prend soin des personnes âgées du hameau

Fanny Faby, l'aide à domicile fontenoive du SAAD de l'Intercom de Bernay s'occupe des personnes âgées de Fontaine-l'Abbé et des villages alentours. Ce lundi 28 juin 2026, elle part en visite chez Charlotte* sur les coteaux du hameau.

Lundi 29 juin 2025, 7h35. Fanny Faby, l’aide à domicile, quitte au volant de sa Twingo rouge son domicile dans les logements sociaux du bourg de Fontaine-l’Abbé. Ce matin, la salariée fontenoive du SAAD de l’Intercom Bernay se rend sur les coteaux boisés, quelque part entre les hameaux de Courcelles, La Farouillère et Camfleur, chez Charlotte* (*son prénom a été modifié à la demande de la famille), une dame de 87 ans veuve depuis peu. À l’arrivée au portail de la maison, les deux petits vrais-faux Chihuahuas aboient, même s’ils connaissent l’aide à domicile depuis 3 ans déjà.

Fanny porte sa blouse bleue de travail du Service d’Aide et d’Accompagnement à Domicile (SAAD) du CIAS de l’Intercom Bernay Terres de Normandie qui emploie pas moins de 100 aides à domicile titulaires d’un diplôme ou bénéficiant d’une expérience significative dans l’accompagnement des personnes âgées en situation de perte d’autonomie, de handicap ou en sortie d’hospitalisation. « Ce qui est très appréciable, c’est que mon employeur est soucieux de ma situation en aménageant en ce moment mes horaires de travail, compte tenu de la pénibilité de mon métier et des chaleurs actuelles », note l’employée de 42 ans enceinte de plusieurs mois.

Fanny Faby, l’aide à domicile de Fontaine-l’Abbé se rend dans sa Twingo chez une personne âgée fontenoive pour lui préparer son petit-déjeuner et l’aider à sa toilette © Récit en Série – Isabelle Desprez.

Ce matin, la fille de Charlotte* est présente chez sa mère, qui est atteinte d’un début d’Alzheimer (maladie neurodégénérative qui affecte principalement la mémoire). « J’ai encore du mal à l’accepter…, avoue la fille. Pour l’instant, elle n’en est qu’au début des symptômes : elle oublie de petites choses, mais elle reconnaît les gens et elle est bien présente. Depuis le décès brutal de mon père des suites d’un cancer, ma mère s’est un peu effondrée… Alors, avec mon frère, on est encore plus vigilants, encore plus présents. » Fanny toque, attend l’aval de Charlotte* et entre dans la chambre dans un « Bonjour » amical matinal. Pendant que sa bénéficiaire se réveille doucement, elle prépare le petit-déjeuner dans la cuisine : un café, deux tartines de confiture de groseille faite maison (par sa fille), et un jus d’orange.

Des personnes âgées qui ne sont surtout « pas des bébés » !

L’aide à domicile accompagne la dame de 87 ans encore ensommeillée, qui a revêtu sa robe de chambre rose, dans la salle à manger. « Dans la cuisine, il fait trop chaud, se préoccupe Fanny, qui lui a aussi déposé sur la table son mini-pilulier du matin. Chalotte* se débrouille très bien toute seule. Le midi, je ne lui coupe pas non plus sa viande par exemple : elle n’est pas un bébé, comme elle dit si bien. Moi, je suis juste là pour la stimuler, m’assurer qu’elle mange, qu’elle prenne ses médicaments et qu’elle boive aussi, surtout par ces fortes chaleurs. Pas question que les personnes âgées dont je m’occupe souffrent de déshydratation ! »

Maladie, deuil, respect de l’intimité, solitude et isolement : l’aide à domicile rentre dans la vie des gens…

Il y a 3 ans, Fanny Faby est d’abord venu chez l’octogénaire fontenoive pour prendre soin de son mari pendant son cancer. « De par mon métier d’aide à domicile auprès des personnes âgées, je suis souvent confrontée à la maladie et au deuil, reconnaît celle qui s’occupe tous les jours de 9 bénéficiaires âgés de 80 à 92 ans habitant les villages ruraux de Fontaine-l’Abbé, Bernay, Saint-Léger-de-Rôtes et Caorches-Saint-Nicolas. En rentrant ce jour-là, j’ai vite compris ce qu’il était arrivé à son mari seulement en la voyant… Elle m’a embrassée et m’a dit merci… »

La veuve s’en émeut en l’entendant… L’aide à domicile pose simplement sa main sur son bras et poursuit afin de lui redonner le sourire : « On s’entend bien toutes les deux, non ? » Charlotte* acquiesce totalement de la tête : « Oui, c’est tout à fait vrai… » « Souvent, enchaîne Fanny dans un sourire complice avec l’aînée, vous m’aidez à plier le linge. Et surtout, on prend toujours le temps de discuter. J’ai une règle : rien de tout ce que les bénéficiaires me disent ne sort de chez eux. En tant qu’aide à domicile, on entre dans la vie des gens. Certains se confient beaucoup à nous. Moi, j’ai un profond respect pour leur intimité et pour leur vie privée. »

Ce matin, du fait de la présence de la fille de Charlotte*, l’aide à domicile n’a pas eu à ouvrir ni la maison ni les volets pour faire rentrer la fraîcheur. Et elle n’aura pas non plus à les refermer à moitié en repartant en raison de la canicule. « Cette dame a de la chance, elle est bien entourée. Ses 2 enfants, ses 3 petits-enfants et ses 3 arrière-petits-enfants viennent la voir régulièrement. Ma première année dans le métier, ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est de laisser seule une personne le soir de Noël. Parmi les personnes âgées dont je m’occupe, il y en a qui souffrent beaucoup de la solitude et de l’isolement. Bien souvent, dans la journée, ils ne voient que moi… » Alors que la fille de l’octogénaire, elle, la prend même chez elle un dimanche midi sur 2. « C’est aussi pour cela que certains des bénéficiaires préfèrent avoir du lien social plutôt que du ménage, renchérit Fanny. Car ils s’ennuient beaucoup. Avec certains de mes collègues, ils jouent à des jeux de société, ils discutent… »

Matin-Midi-Soir : 3 visites entrecoupée dans une journée

L’aide à domicile entrecoupe ses visites chez l’aînée en trois passages dans la journée : 45 minutes le matin à partir de 7h35 pour le petit-déjeuner, le lit et la toilette, 45 minutes le midi vers 11h30 pour le déjeuner, et 45 min le soir après 18h30 pour le dîner et le coucher. À cela s’ajoute à chaque visites les prises des médicaments, préparés par le pharmacien dans un grand pilulier prêt à découper, et les 2 heures le ménage une fois par semaine. « Après, je fais un petit entretien régulier à chaque fois quand passe. En ce moment, pour les repas, on reste sur du frais : beaucoup de salades froides, des tomates… Surtout le midi, parce que les repas chauds livrés ne passent pas toujours. Alors, je les congèle pour ne pas les perdre. » Charlotte* qui vient de finir son petit-déjeuner confirme : « C’est vrai, ça passe moins bien le midi. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça… » Pour certains bénéficiaires, Fanny fait les courses. Et la fille de Charlotte* de préciser : « C’est l’Assistante Sociale du Conseil Départemental de l’Eure qui passe la voir et décide, selon son état de dépendance et d’autonomie, des heures d’aide à domicile auxquelles elle a droit. Nous, en complément pour le bien-être de maman, avec mon frère, on paye quelques heures en plus. »

C’est l’heure de la toilette. Fanny et Charlotte* partent ensemble dans la salle de bain. L’octogénaire revient toute pimpante dans sa jupe en jean et sa chemise à petites rayures blanches et bleues. « Je ne vais tout de même pas m’habiller comme une mémère, même à 87 ans », lance-t-elle en réponse aux compliments faits sur sa tenue. Au poignet, Charlotte porte un bracelet qui alerte la société de téléassistance en cas de chute. « Elle a tout ! Bracelet d’alerte anti-chute, repas livrés chaque semaine, aide à domicile 3 fois par jour, soins pédicures avec une podologue… Une vraie princesse, la taquine sa fille qui a tout mis en place avec son frère pour que sa mère puisse rester chez elle le plus longtemps possible. Le médecin de Serquigny passe la voir tous les 3 mois pour le renouvellement de médicaments et pour s’assurer bien sûr que son état de santé le lui permet toujours. »

Fanny prend quelques notes sur le cahier de transmission de Charlotte* © Récit en Série – I.D.

Avant d’oublier, Fanny note une information dans le cahier de transmission. Il se trouve que c’est sa fille aînée, Taciana 20 ans et débutante dans le métier, qui comble les heures aménagées par son employeur pour la soulager pendant sa grossesse. « Elle fait juste les dames, pas les messieurs », précise l’aide à domicile expérimentée. La journée, entre les visites de Fanny et de sa fille, Charlotte* lit, fait la sieste sur son fauteuil et regarde la télé. « J’aime bien lire, avance l’octogénaire, qui travaillait avant comme responsable administrative-RH dans une grande entreprise locale. Ma fille m’a prêté La Femme de ménage. À la télé, je regarde le journal, Affaire conclue et des émissions de cuisine aussi. » Et sa fille de compléter :« Quand je viens, on marche parfois un peu dans la cour – et sans déambulateur, s’il vous plaît ! Parfois aussi, je l’emmène avec moi faire des courses, ça lui fait une petite sortie. »

9h05. Fanny est sur le point de s’en aller, mais elle ne retrouve plus ses clés de voiture... Charlotte* les lui a caché un court instant. « Mais Fanny, elles sont là sur la table! », s’amuse l’octogénaire d’humeur badine, ravie du petit tour joué à son aide à domicile. L’aînée fontenoive est loin d’avoir perdu la tête, bien au contraire. Fanny en rit aussi et reprend sa Twingo en direction du domicile de son prochain bénéficiaire. L’aide à domicile reviendra voir Charlotte* encore deux fois aujourd’hui.

Les types d’intervention du SAAD de l’Intercom Bernay

Les aide à domicile du Service d’Aide et d’Accompagnement à Domicile du CIAS de l’Intercom Bernay Terres de Normandie interviennent pour :

  • L’aide aux actes essentiels : toilette, habillage, lever, coucher, préparation et prise des repas, suivi de la prise de médicaments.
  • L’accompagnement dans la mobilité : aide aux déplacements intérieurs et extérieurs, accompagnement aux courses ou aux rendez-vous médicaux.
  • L’entretien du cadre de vie : ménage, entretien du linge, repassage.
  • Le lien social et l’écoute : échanges, maintien du contact avec la famille et les proches.
  • L’aide administrative : accompagnement dans les démarches pour bénéficier d’aides financières (APA, PCH, mutuelles, caisses de retraite…).

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