SÉRIE 3 – Fontaine-l’Abbé

En tournée sur Fontaine-l’Abbé avec le facteur remplaçant de l’été

Après avoir croisé Jordy Letailleur l'un des deux facteurs titulaires, c'est finalement Christophe Rioual, le facteur remplaçant de l'été, que l'on a suivi ce mardi 30 juin 2026, du centre de tri de Barnay aux routes de Fontaine-l'Abbé.

Le tri des courriers, le travail invisible de l’intérieur au centre de tri de Bernay

Le facteur ou la factrice est l’un des visages familiers de nos campagnes. Le postier ou la postière est celui ou celle qui connaît le mieux les villages, les noms des rues et des habitants. Avec sa Renault Kangoo électrique jaune floquée La Poste, le facteur sillonne les routes des hameaux normands. Mais avant de prendre la route avec le courrier à distribuer, le travail du facteur en charge d’une des 2 tournées de Fontaine-l’Abbé commence au centre de tri de Bernay. Habituellement, c’est Jordy Letailleur, le facteur attitré de la tournée de Fontaine-l’Abbé qui travaille au poste n°15 du centre de tri. Mais c’est l’été ! Et c’est Christophe Rioual, 54 ans et 30 ans de métier, qui remplace pour les 15 prochains jours le titulaire en vacances. Sa tournée passe par Bernay, Fontaine-l’Abbé, Serquigny, Mesnil-en-Ouche et Corneville-la-Fouquetière. Tiens, c’est d’ailleurs à Corneville, près de l’église et de la mare communale, que l’on avait croisé Jordy le facteur pour lui demander de pouvoir le suivre sur sa tournée.

Christophe Rioual, 54 ans et 30 ans de métier, le facteur qui remplace le titulaire en vacances sur la tournée n°15 de Fontaine-l’Abbé © Récit en Série – Isabelle Desprez.

Ce mardi 30 juin 2026, le facteur est en poste depuis 8h05. Le tri s’effectue en 3 étapes : un premier tri pour récupérer les courriers de sa tournée et un deuxième tri pour les classer par village et par rues à son poste n°15. Maintenant, le postier remplit ses deux caissettes dans l’ordre exact de passage de sa tournée, adresse par adresse. Le travail du tri est long et méticuleux.

De l’extérieur, on peut avoir l’impression qu’il n’y a plus beaucoup de courrier. Que tout passe désormais par les mails et le cloud. Mais dans le rural, il y en a encore beaucoup : des courriers médicaux du CHU de Rouen, des lettres des impôts ou d’autres organismes publics, des abonnements presse (L’Éveil, Paris Normandie, des magazines télé ou autres…), de la publicité aussi… « Pendant le tri, il faut vraiment rester très vigilant, assure le postier.Surtout quand on est remplaçant, il s’agit de ne pas se tromper ! Par exemple, tous les villages ont leur rue de la mairie ou de l’église. Si on n’est pas attentif aux adresses complètes pendant le tri, on peut livrer un courrier au mauvais village. »

8h30. En plein tri, le postier fait preuve de pédagogie : « Vous voyez, pour la presse, le P7 peut attendre 7 jours, le P2 seulement 2 jours. » Son collègue Ludovic sur le poste à côté complète : « Avant, on n’avait que des timbres rouges urgents à 1 jour, maintenant on n’a plus que des timbres verts à 3 jours. » Christophe, 54 ans, est un facteur remplaçant expérimenté depuis près de 30 ans. Aujourd’hui, le postier se pose en Normandie pour se rapprocher de sa famille et prendre sa mère chez lui. « Il y a beaucoup de couples de facteurs : on a les mêmes horaires, on comprend mieux le travail de l’autre… Pour les mutations, La Poste est plutôt arrangeante pour les couples comme nous », raconte Christophe Rioual, dont la femme occupe le poste n°53, et qui devrait bientôt retrouver un poste de titulaire ici au centre de tri de Bernay.

Facteurs, facteurs d’équipe, facteurs qualité, super-rouleurs… Un métier de transmission !

« On part dès que l’on a fini, mais toujours après le brief général », explique Christophe Rioual. Le facteur d’équipe annonce le brief du jour justement. Les postiers et postières – le centre de Bernay compte 43 effectifs au total – s’installent pour écouter les dernières informations. « Le plan intempérie de la semaine dernière a été relevé. À cause de la canicule, on a quelques retards à rattraper que l’on propose en heures supplémentaires. » Christophe, le facteur remplaçant, en profite pour faire remonter un problème de clé avec les boîtes jaunes. Le chef d’équipe lui apporte du dégrippant. « Ce doit être à cause des fortes chaleurs. Si ça ne s’ouvre toujours pas, on les neutralisera pour faire passer un technicien. Et n’oubliez pas le contrôle de vos véhicules à faire avant la fin de la semaine prochaine », lance le facteur d’équipe en clôturant le brief.

Depuis 30 ans, Christophe a le métier de postier dans la peau et ça se voit à la façon dont il en parle. « Moi, je ne veux pas devenir facteur d’équipe ou facteur qualité. Ce que j’aime dans mon métier, c’est être dehors, rendre service aux gens et toujours un petit bonjour. Surtout à la campagne, on garde encore le contact humain. J’aime parfois blaguer un peu avec les clients ! Surtout quand je sais que pour certaines personnes âgées, je suis peut-être la seule personne qu’ils vont voir de la journée… Certains me proposent un café même : je les remercie mais refuse toujours, parce qu’on n’en pas le temps. Car les tournées sont pas mal longues et chargées. »

Le facteur travaille du lundi au samedi, de 8h05 à 14h30. Et les samedis, pour récupérer 1 samedi sur 2 de repos, les postiers et postières enchaînent deux tournées de suite : la leur et celle du collègue en repos. Ce que les postiers redoutent, ce sont les « réorg », comme ils disent, les réorganisations de tournées ou autrement dit les regroupements de tournées générées par boucles en fonction des données du courrier. Parfois, il en sort des tracés de tournées plus longues. Surtout avec l’augmentation massive des colis à livrer chez les particuliers (en ouvrant la boîte aux lettres ou contre signature) et dans les Pickup, en plus des recommandés et des relevés des boîtes jaunes.

Quand Christophe le facteur expérimenté mais remplaçant sur cette tournée a un doute, il se tourne souvent vers Jonathan ou Marie, les deux facteurs super-rouleurs du centre de tri de Bernay. D’abord, il vérifie le classeur des adresses de son secteur. « Dis, ce Clément B., je ne le trouve pas… » Jonathan s’interrompt et s’approche pour aider son collègue : « Dans cette rue, tu les as tous à droite et, lui, il est au bout de la petite place. Il faut lui mettre son courrier sur le rebord de sa fenêtre, car il n’a pas de boîte aux lettres. » On ne le sais pas, mais le métier de facteur est également un métier de transmission. Jonathan assure avoir tout appris auprès des anciens et à force de tourner sur toutes les tournées du centre de tri. D’où son grade de super-rouleur !

Titulaire ou remplaçant : une tournée plus ou moins rapide…

9h50. La plupart des titulaires sont déjà partis. Le remplaçant est forcément plus lent. « On va plus ou moins vite quand on connait ou pas les noms et les adresses », note Christophe. Parfois, à cause d’un mauvais adressage, le facteur-trieur perd du temps. Au stylo, il corrige l’adresse en vérifiant dans son classeur. 1 minute de plus par ci, 1 minute de plus par là, et pendant ce temps, l’horloge tourne… « Quand c’est comme ça, ajoute-t-il, pour ne pas avoir une tournée à rallonge, on s’autogère et on priorise. On met de côté pour la tournée suivante les presse P7 et les publicités pour livrer en priorité les courriers urgents et importants pour les gens ! » Dans le centre de tri, tout le monde est au même niveau : il n’y a pas de bureaux de chef à l’étage en vigie pour surveiller le travail des facteurs.

À Fontaine-l’Abbé, le facteur doit passer par la rue de la mare, la rue du Haras, la rue de la vallée… Christophe a fini de remplir ses 2 caissettes. « Prendre les clés, la sacoche… » Christophe se parle tout haut. « Je me répète les choses pour ne rien oublier… » , confie-t-il.

10h20. Christophe est bientôt sur le départ. Le facteur rapproche sa voiture Kangoo jaune floquée, charge ses 2 caissettes dans l’ordre de sa tournée, puis ses colis et sa sacoche avec les recommandés. Et par ses chaleurs, il file remplir sa gourde. Jonathan, le super-rouleur, s’apprête à partir à vélo. Le métier de postier est physique, même en voiture électrique ou en Quadéo. Il demande une vigilance de tous les instants et s’effectue avec une certaine cadence et pression du temps.

Sur le parking, Christophe croise une collègue passée au PACKADOM, un service du Groupe La Poste d’accompagnement pour les seniors. « On s’abîme quand même dans ce métier à cause du rythme, des gestes répétitifs et des colis lourds. Et puis, je voulais surtout passer plus de temps avec les gens. Ce poste-là, pour moi, c’est parfait : j’en suis très contente ! », échange-t-elle au passage. Conçu par le Conseil Départemental de l’Eure en partenariat avec La Poste, les services PACKADOM facilitent le bien vieillir à domicile. L’objectif d’ici 2027 : atteindre les 800 bénéficiaires sur le département ! 

De petits aléas qui rallongent les heures de la tournée en extérieur

« Je respecte toutes les missions et je suis le premier à comprendre que La Poste doit toujours gagner en efficacité pour ne pas se faire doubler par la concurrence, avance le facteur passionné avec 30 ans métier. Mais ils devraient parfois tenir un peu plus compte des aléas sur le terrain et des remontées des facteurs. » On s’en rend compte ce jour-là, la tournée ne peut jamais se passer comme prévu. Déjà, dès le départ, l’application d’identification sur le téléphone bugge. 1 minute encore de perdue par ici. Il suffira aussi d’une personne âgée qui se déplace moins vite pour venir signer un recommandé, d’un colis à livrer en voiture au fin fond d’une grande propriété de chevaux, d’un GPS qui se déconnecte, d’un QRCode de boîtes jaunes qui ne s’identifie pas, d’un tracteur sur la route, de travaux dans une rue, d’une boîte aux lettres cachée par la végétation… Les minutes perdues ici ou là, d’abord au tri puis sur la route, s’accumulent. Et d’autant plus en tant que remplaçant, il n’est pas si facile de finir sa tournée dans les délais…

Un recommandé à signer par le client sur le téléphone du postier © Récit en Série – I.D.

« Oui bonjour, c’est le facteur, j’ai un recommandé contre signature pour vous », annonce Christophe à l’interphone, toujours avec le sourire. Le jeune homme arrive au portail et signe. « Mission accomplie », se réjouit Christophe qui, malgré les années, n’a rien perdu de l’enthousiasme des débuts et de son sens du service rendu pour les clients et du devoir accompli pour son groupe La Poste, dont il porte fièrement les couleurs bleu marine et jaune.

« Bonjour, c’est le facteur, j’ai un colis contre code », annonce le facteur souriant à sa cliente âgée qui peine à le rejoindre à la porte

Le postier fait sa tournée au pas de course. Le métier est sportif. Il se gare sur le côté, descend de sa voiture, poste le courrier dans la boîte et remonte dans sa voiture en pressant le pas. À l’arrêt suivant, il ouvre la boîte avec son passe et dépose le colis dedans. Forcément, le temps en devient un poil plus long. 1 minute de plus par là. « Bonjour, c’est le facteur, j’ai un colis contre code… », annonce le facteur souriant à sa cliente âgée qui peine à le rejoindre à la porte. La mamie met un peu de temps à trouver le code, Christophe sait rester patient et toujours aimable, même si pour lui le temps presse.

En conduisant, le postier doit rester vigilant aux autres véhicules sur les petites routes de campagne, attentif aux noms des rues, tout en cherchant les numéros des maisons pour ne pas louper une distribution. Au risque de devoir faire demi-tour. « Comme je ne connais pas bien la tournée, ça m’arrive forcément, reconnaît le postier remplaçant. Et là, je suis sur ma partie faible, la partie où j’ai le moins de courrier à distribuer. Le nombre de courriers et la pression va augmenter dans ma partie forte… »

Du côté des maisons de l’ancienne cité ouvrière fontenoive, le postier a du courrier à distribuer et l’une de ses 5 boîtes jaunes à relever pour récupérer le courrier déposé dedans. La voisine, qui rentre chez elle, le salue de la main. Et un tracteur le klaxonne pour lui dire bonjour à son tour. La clé fonctionne – pas besoin de dégripant –, mais c’est le QR code de la boîte jaune qui ne s’authentifie pas sur son téléphone cette fois. Dedans, pas de courrier à récupérer. « Selon les chiffres, La Poste tend à supprimer les boîtes qui ne servent pas assez… » Sur les 5 de sa tournée, Christophe en ouvert 3 vides pour rien.

Plus loin, le classique : une maison avec deux gros molosses qui aboient fort sur le facteur. Le postier expérimenté a repéré que les chiens ne peuvent pas passer par le grillage. Les propriétaires arrivent, calment leurs chiens et discutent tranquillement avec le facteur le temps de signer pour leur colis de vapoteuses. « On connaît bien Jordy le facteur titulaire, il est très sympa, tout comme Christophe, son remplaçant. Allez, bon courage à vous », lui lance le couple fontenoif en rentrant chez lui. « Merci, bonne journée ! », leur répond Christophe.

11H45. La suite de Fontaine-l’Abbé passe par le bourg. D’abord le Pickup devant la mairie. Le postier sort tous ses colis, scanne son téléphone pour s’identifier, puis chaque colis. Les portes des casiers s’ouvrent automatiquement, le facteur y dépose les colis (petit ou gros) pour les clients qui repasseront les chercher selon leurs disponibilités. Pour le grand ventilateur, il reste un grand casier dans lequel le colis rentre pile-poil. Il n’aurait pas fallu qu’il soit plus grand… Côté lotissement, Christophe dépose des courriers, mais il doit ensuite contourner les travaux dans la rue de l’église.

On l’a assez retardé et on le laisse après Fontaine-l’Abbé afin de poursuivre sa tournée dans les autres villages suivants. Croisé par hasard le lendemain, on apprend que Christophe a fini à 15h45, soit 15 minutes de plus que ce qu’il pensait faire pour cette deuxième tournée de remplacement en solo. Eh oui, le facteur ne s’arrête jamais, car nos courriers et colis n’attendent pas !

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