Les mares constituent des milieux naturels essentiels pour la biodiversité. Fontaine-l'Abbé en compte pas moins de 23 ! Visite ce mercredi 1er juin 2026 avec Ludovic Roger, le technicien mares et zones humides de l'Intercom Bernay, de la petite mare sauvage restaurée en 2024 sur le hameau de La Barberie.
Rien qu’en se baladant ou en discutant avec les habitants, on ne compte plus le nombre de mares vues ou décrites. Une derrière la maison de ma résidence aux Nouvelles Coordonnées, une à Corneville-La Fouquetière près de l’église, une sur les terres de Valentin et Florian les collégiens jumeaux du bus scolaire… Au total, le petit village normand de 574 habitants compte pas moins de 23 mares communales et privées recensées par l’application Géomares du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Normandie.

Une caractéristique typique de Fontaine-l’Abbé, et plus largement de toute la Normandie. « La Normandie est la région qui en compte le plus, soit 21 957 mares caractérisées dans la cartographie en ligne du PRAM-Normandie, le Programme Régional d’Actions en faveur des Mares de Normandie », confirme Ludovic Roger, le technicien et animateur mares et zones humides du Service Milieux naturels et Biodiversité de l’Intercom Bernay. Sur son territoire, l’Intercom Bernay Terres de Normandie a recensé plus de 3 000 mares et mène plusieurs actions pour leur préservation.
Qu’est-ce qu’une mare ?
- Etendue d’eau inférieure à 5 000 m²
- Faible profondeur (inférieure à 2 mètres)
- Alimentation par les eaux pluviales et parfois phréatique
- Permanente ou temporaire
Depuis 2015, sur tout le territoire de l’Intercom Bernay, quelque 40 mares communales ont été restaurées par le Service Milieux naturels et Biodiversité, dont cette petite mare fontenoive en 2024 au fin fond d’un petit chemin près de la route de la Barberie. C’est là que Ludovic Roger, le technicien et animateur, nous amène. « Pour l’instant, on ne restaure que des mares communales, indique-t-il. Notre mission est de conserver ces milieux aquatiques créés par les habitants des plateaux pour avoir un accès à l’eau sur les coteaux, quand ceux du fond de vallée avaient la rivière de la Charentonne. » L’ensemble de ces travaux de restauration des mares sont co-financés à 80% par l’Agence de l’eau Seine-Normandie et à 20% par le Pré-Bocage Intercom grâce à la taxe GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations).


Sur le chemin, avant de découvrir la mare, on entend les coassements des amphibiens mâles. Mais une fois sur les berges de la petite étendue d’eau, les chants cessent… La mare restaurée est calme et sauvage. La végétation a repris ses droits : des joncs poussent sur les berges, des lentilles d’eau flottent ici ou là, des ronds d’eau se dessinent à la surface – probablement des titrons ou des notonectes (ces petits insectes aquatiques qui ont l’air de ramer avec leurs pattes). Le petite mare isolée a quelque chose d’enchanteur, on pourrait se croire dans un lieu hors du temps.
« C’est incroyable comme la vie revient vite… Cette mare était à un stade 4 de fermeture, avec beaucoup de saules et ligneux au milieu de l’eau. Il a fallu les retirer et creuser à la pelleteuse sans rompre l’étanchéité de la mare, constituée d’une couche d’argile imperméable, et des berges en pentes douces pour permettre la colonisation de la végétation. On dit qu’il faut garder : vieux fonds, vieux bords ! »
Aujourd’hui, cette mare fontenoive est redevenue tout un écosystème à part entière. C’est un milieu dans lequel il y a désormais énormément de vie : les graines des plantes aquatiques, qui étaient toujours là, ont poussées et produisent à nouveau de l’oxygène, de nombreuses espèces d’amphibiens sont revenus pour s’y reproduire (grenouilles rousses et agiles ; tritons crêtés, palmés, alpestres, ponctués ; crapauds communs ; et rainette vertes), beaucoup d’insectes aquatiques y vivent aussi (larves de libellules, gerris, diptyques, notonectes), sans oublier les hirondelles et martinets qui viennent s’y abreuver, tout comme les renards, sangliers, chevreuils, blaireaux… Ludovic photographie deux empreintes dans la boue près de la mare : l’une de blaireau, l’autre de sanglier. « Cette oasis est une zone très utile pour la faune locale, surtout en période de canicule », précise-t-il, tout en ajoutant que ces milieux fragiles sont sensibles à la sècheresse et à la pollution.
Si les mares constituent des milieux naturels essentiels pour la biodiversité, en accueillant une grande diversité d’espèces animales et végétales, ces milieux aquatiques n’en sont pas moins importants pour les humains ! « La mare a une fonction hydraulique, elle joue un rôle clé dans la régulation du cycle de l’eau. Elle sert également de zone de fraîcheur, y compris anti-incendie, et constitue une zone tampon qui permet de maîtriser et de lutter contre les ruissellements des terres agricoles », énumère Ludovic Roger.

Après chaque restauration, il suffit de laisser faire la nature… Et surtout ne rien faire pour que la vie sauvage reprennent ses droits ! Régulièrement, le technicien mares et zones humides repasse voir ses mares pour des inventaires d’espèces d’amphibiens. « Par exemple, pour les tritons, on dépose des nasses la veille et on revient les compter et les relâcher le lendemain, explique Ludovic, qui se trouve être aussi très sollicité par les écoles pour des animations de sensibilisation. C’est un milieu facile d’accès, près des écoles, et riche d’enseignements pour les enfants. »
Écoutez les coassements enchanteurs des amphibiens de la mare près de la route de la Barberie à Fontaine-l’Abbé © Récit en Série – Isabelle Desprez.
Tout à coup, les amphibiens se remettent à coasser gaiement. Un peu comme s’ils avaient accepté notre présence dans leur écosystème. « Coâ coâ coâ… » Ce sont les sacs vocaux de plusieurs grenouilles aperçues de l’autre côté de la mare qui se gonflent pour produire ces chants. La mare, décidément, n’en finit pas de nous enchanter…
Service Milieux naturels et biodiversité
Sur son territoire, l’Intercom Bernay Terres de Normandie a recensé plus de 3 000 mares et mène plusieurs actions pour leur préservation :
- recensement des mares afin de les intégrer aux documents d’urbanisme
- restauration des mares communales avec le soutien de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie
- accompagnement et conseils aux propriétaires privés pour une gestion durable de leurs mares
- sensibilisation du public à la protection et à la valorisation de ces milieux naturels
Pour le contacter : biodiversite@bernaynormandie.fr ou 02 32 43 50 06
Ce vendredi 3 juillet 2026 est le tout dernier jour de la résidence de territoire pour la journaliste de Récit en Série, dans le cadre du partenariat avec InSite et la Mairie de Fontaine-l'Abbé (27), de l’appel à projet « IDÉE Parcours » de la Région Normandie et d'un hébergement au tiers-lieu Les Nouvelles Coordonnées. Petit bilan de cette nouvelle expérience en terre normande.
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