Tous les derniers mardis du mois, Lucie R. pose son camion-salon de coiffure mobile sur le parking de l'école de Fontaine-l'Abbé. L'occasion pour les habitants fontenoifs et des bourgs alentours de venir pour changer ou rafraîchir leur coupe de cheveux, tout en discutant de la vie et du beau temps.
Sur le parking de l’école, le camion-salon de coiffure de Lucie R. – Lucie Rocard de son vrai nom – ne passe pas inaperçu. En ouvrant la porte, on reconnaît la coiffeuse rousse peinte, façon tête à coiffée, sur la carrosserie noire de son salon mobile. Ce mardi 30 juin 2026, la coiffeuse ambulante compte pas moins de 10 rendez-vous dans son agenda, dont 3 clients et clientes de Fontaine-l’Abbé. « Avant, je travaillais pour une chaîne de salons de coiffure et j’ai été déçue par pleins de petites choses au fil du temps… Ici, la mairie de Fontaine-l’Abbé a très bien accueillie mon initiative en me proposant cet emplacement pour mon camion, sans même me faire payer de redevance », apprécie la coiffeuse qui arrive à vivre correctement mais modestement de son activité de coiffeuse indépendante-ambulante.

Pendant le Covid, on a tous et toutes essayé à un moment de se couper les cheveux avec plus ou moins de succès. Pendant le Covid, Lucie R. a vu se développer tout un tas de concepts ambulants. Et c’est ce qui lui a donné l’idée, l’envie. « Je ne voulais pas rentrer dans les maisons, dans l’intimité des gens. Alors, il y a 5 ans, je me suis lancée et j’ai crée le tout premier camion-coiffure de Normandie ! », relate la coiffeuse de 40 ans, qui a passé son Certificat d’Aptitude Professionnelle Métiers de la Coiffure à l’âge de 15 ans à peine. « J’ai voulu être coiffeuse très tôt, à 2 ans et demi ! Ma belle-sœur l’était et elle ramenait souvent pour s’entraîner ses têtes à coiffer professionnelles. Moi, j’adorais l’imiter et jouer à la coiffeuse avec. Et je lui disais déjà que, plus tard, je voudrais être coiffeuse comme elle. »
En 2021, la coiffeuse ambulante et son bricoleur de mari se retroussent les manches et aménagent en salon son camion pour 25 000 € seulement. Un fauteuil pivotant – à retourner le temps des shampoings –, un bac sur bras articulé qui pivote jusqu’au fauteuil, des étagères pour les serviettes et les produits… Côté shampoings et colorations justement, la coiffeuse n’utilise que des produits français de qualité, tous garantis véritablement sans ammoniaque. Mais pas de casque dans le camion. « C’est vrai, confirme-t-elle, j’en n’ai pas par manque de place, mais aussi parce que ça altère la qualité du cheveu. Les mèches et les couleurs prennent juste un peu plus de temps à l’air libre… »

Depuis 5 ans maintenant, avec son camion-salon de coiffure, la coiffeuse-ambulante se pose sur les places et parkings d’une dizaine de villages normands (Corneville-La Fouquetière, Serquigny…), et de Fontaine-l’Abbé donc. Confortablement installé dans le fauteuil, Marcel Robart, un habitant du centre-bourg fontenoif depuis 4 ans, est venu rafraîchir sa coupe de cheveux. « J’aime beaucoup l’ambiance de ce village. Ici, les gens se parlent… Et on a la chance d’avoir une coiffeuse qui se déplace jusqu’à notre petit bourg, ça mérite bien de faire l’effort et de venir se faire coiffer dans son camion-ambulant. » « Allez, je vous libère », annonce la coiffeuse qui vient de terminer sa coupe courte et en lui montrant dans le petit miroir le résultat à l’arrière. Satisfait de son nouveau look, Marcel – qui va faire ses 70 ans « bientôt dans pas longtemps » – enfile sa gapette (casquette-béret) beige et reprend sa canne pour descendre du camion. N’attendant pas sa femme, le fringant septuagénaire repart ensuite tranquillement à pied jusque chez lui.
La prochaine cliente de Lucie R. est la femme de Marcel, Christine, croisée lors de la balade commentée Natura 2000. « J’ai eu un cancer et j’ai perdu tous mes cheveux avec la chimiothérapie. Après les traitements, quand ils ont repoussé, je lui ai demandé de me trouver une coupe qui redonne du volume à mes cheveux fins. Moi, j’adore la coupe qu’elle m’a faite ! Depuis, je lui ai même amenée ma belle-sœur de Bordeaux« , assure Christine.
Et la coiffeuse-ambulante de poursuivre : « On n’a pas dans le camion, la même relation qu’en salon. Au vu du petit espace, les clients n’ont pas l’impression d’être oubliés dans un coin sous un casque. C’est plus convivial, tout le monde va se parler. Je suis ouverte à toutes les conversations, certaines sont parfois intimes voire difficiles, mais je reconnais que la politique est le sujet qui peut être le plus compliqué. Moi, je ne porte aucun jugement, même si je n’ai pas le même point de vue. L’important, c’est de continuer à se parler justement ! »



Dans le petit salon mobile, les clientes et les clients sont le plus souvent seules et seuls avec la coiffeuse. Une intimité qui pousse forcément à la confidence. « Oui, admet Lucie Rocard, je peux jouer un peu les psys parfois, mais ça marche aussi dans l’autre sens. Quand quelque chose me tracasse, je peux aussi leur demander : et vous vous feriez quoi ? »
Il faut dire que Lucie R. coiffe souvent des familles entières, de la grande-mère aux petits-enfants en passant par les parents. De ce point de vue-là, elle a aussi l’impression de faire partie de la famille, tant la proximité s’est faite avec certains de ses clients. Sans compter qu’elle se déplace également sur les mariages et autres événements. Et côté tarifs, la coiffeuse-ambulante est un peu moins chère que les salons : 35 € une coupe courte femme shampoing-brushing et 45 € pour cheveux mi-longs à longs ; 23 € pour les hommes et 38 € avec la taille de la barbe.
Fin de coupe pour Christine, et même petit rituel : le petit miroir à l’arrière, le « parfait » de la cliente et le « je vous libère » de la coiffeuse-ambulante. Un sentiment de liberté que Lucie R. vit pleinement au quotidien dans son camion-salon de coiffure-mobile en parcourant les routes et en posant ses peignes et ciseaux dans les petits bourgs normands comme Fontaine-l’Abbé.
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