Située dans le centre-bourg, l’épicerie participative, locale et solidaire bat son plein tous les jeudis. Née à l’initiative de la mairie en partenariat avec l’association Bouge ton Coq, Fontaine de Saveurs est ouverte depuis le 15 janvier 2026. Récit d’une journée à l’épicerie aux côtés de tous les bénévoles-adhérents-habitants.


Les coursiers déchargent les provisions du coffre de leur voiture © Récit en Série – I.D.
Ce jeudi 11 juin à 10h, l’épicerie participative Fontaine de Saveurs vient d’ouvrir. C’est le jour des livraisons. Aujourd’hui, les deux bénévoles Muriel et Joséphine sont à pied d’œuvre pour réceptionner les commandes des producteurs locaux. Déjà, Marie-Jo et Fabien se garent devant l’épicerie participative : leur voiture est chargée de toutes sortes de provisions. Les produits frais sont dans des glacières avec des pains de glace pour conserver la chaîne du froid, les fruits et légumes dans des cageots. « Arrivés il y a 6 ans au village, on s’est tout de suite plu à Fontaine-l’Abbé et on a adhéré tout de suite à l’épicerie participative. Ce projet, c’est parfait pour moi qui aime rencontrer et parler avec les gens, le contact social et le côté convivial », annonce Marie-Jo.
Fabien enchaîne sur le rôle de coursier et les produits : « Ce matin, on est venu donner un coup de main. On a récupéré à la Ferme de Bouclon leurs commandes et celles de 2 autres producteurs locaux, ainsi que les œufs dans une autre ferme pas loin. Les produits sont très bons pour des prix vraiment corrects. Nous, on est fans de leurs viandes, leurs laitages et leurs fromages ! On en parle souvent autour de nous. »
L’épicerie participative, locale et solidaire de Fontaine-l’Abbé privilégie des produits locaux, bio ou pas, de qualité. Pour 20 € par an, chacun peut adhérer et profiter des produits vendus à prix coûtant, en échange de 2 heures par mois pour faire vivre l’épicerie. Aujourd’hui, Fontaine de Saveurs compte 80 foyers inscrits, 20 producteurs et 30 bénévoles actifs.

Ni un ni deux, Muriel et Joséphine rangent dans les deux frigos tous les produits frais : yaourts, crèmes desserts, fromages, laits… Le binôme fonctionne bien. Les deux bénévoles sont très complémentaires. Muriel se souvient : « Moi, j’ai découvert ce type d’épicerie participative chez mon frère à Lille. Alors, quand on m’en a parlé, j’ai voulu prendre part au projet.» Joséphine confirme : « Moi aussi, j’ai voulu participer à ce projet de trouver ensemble une solution de proximité pour un village où il n’y a plus de commerce. En plus, on fait travailler en circuit court des producteurs locaux et on recréé du lien social. »
Assise derrière le bureau, Muriel recompte tout scrupuleusement de peur de faire une erreur. Puis elle prend les bons commandes en photos, les partage au groupe « produits » pour les intégrer aux comptes et aux stocks sur le logiciel Bouge ton Coq. Ensemble, les deux bénévoles pèsent tout sur la balance pour vérifier les poids des légumes. Joséphine connaît bien les variétés et a le sens des étals. « Il faut que ça donne envie ! Je vais mettre les tomates ici à côté des concombres. J’ai été maraichère-bénévole à l’École des Semeurs pendant un an à raison d’une journée par semaine. J’ai beaucoup appris sur les variétés et aussi sur la pénibilité du métier. »


À gauche : Pierre-Antoine Boyer, l’employé de la Ferme de Pierrelaye. Et à droite : Mélanie Lailler de la Ferme des Amélias © Récit en Série – Isabelle Desprez.
Pas le temps de papoter plus, une autre livraison arrive : c’est Pierre-Antoine Boyer, l’employé de la Ferme de Pierrelaye, qui vient faire sa livraison hebdomadaire. « On le voit aux commandes ici et aux ventes en direct à la ferme que petit à petit, ça prend de l’ampleur. » L’employé livre le produit phare de la ferme des pommes de terre Allians et Agria bio, mais aussi les purées pomme-poire et les confitures poire, coing et groseille. « On travaille avec Les Petites L’Ouches, un chantier d’insertion de conserverie et de transformation des fruits et légumes », précise-t-il.
Et c’est au tour Mélanie Lailler de la Ferme des Amélias, dont les yaourts notamment sont très appréciés des clients-adhérents. Depuis des semaines, l’agricultrice recherche quelqu’un en salarié ou indépendant pour reprendre le labo de transformation des laits et yaourts. Problème : elle n’a trouvé personne et doit, un temps, suspendre cette activité.« Il y a tout le matériel à dispo et je suis prête à faire cadeau des premiers mois de loyer. Moi, même si ça me plaît et que ça marche assez bien, je ne peux plus m’en charger pour l’instant… », raconte non sans émotion l’agricultrice qui a besoin de souffler.
« Plus on est nombreux à participer, moins ça repose toujours sur les mêmes personnes qui s’épuisent. L’épicerie marche bien, ça achète, mais beaucoup hésite encore à venir pour aider. Il faut qu’on remobilise les adhérents ! »
De leur côté, les deux bénévoles reconnaissent qu’il manque un peu de monde pour tenir la boutique. « Il y a des personnes très âgées qui ne peuvent pas aider, et certains qui ont peur que le logiciel soit trop compliqué. Mais il ne faut pas hésiter à venir en binôme et à se former », rassure Muriel qui, elle, appréhende un peu l’usage du terminal de paiement par carte bancaire.
Prescillia Delanoë du comité de pilotage de l’association, qui passe faire un coucou et revient cet après-midi, confirme : « Plus on est nombreux à participer, moins ça repose toujours sur les mêmes personnes qui s’épuisent. L’épicerie marche bien, ça achète, mais beaucoup hésite encore à venir pour aider. Il faut qu’on remobilise les adhérents ! » Pour faire ses 2 heures par mois pour faire vivre l’épicerie solidaire, c’est facile : il suffit de s’inscrire à l’une des tâches du planning sur le site de l’épicerie : coursier, approvisionnement, vente en boutique, tonte de la pelouse…



Joséphine et Muriel, un duo de choc à l’approvisionnement ce jeudi © Récit en Série – I.D.
Après avoir rangé les fruits et légumes dans les étals, la fine équipe vérifie les prix des étiquettes. Muriel colle des post-its rose, Joséphine change deux prix sur les ardoises à la craie. « Carottes, 2,80€ la botte, radis 1€, et 0,90€ les mini-concombres. » Muriel s’occupe aussi de la gestion du pain avec deux boulangeries de Serquigny. Dernière étape de la matinée pour le binôme Muriel-Joséphine avant de partir, préparer les pré-commandes dans un coin du frigo.

Dès 15h45, Prescillia et Evelyne se préparent à accueillir les premiers adhérents-acheteurs. « Moi, je suis un peu Normande : j’ai attendu de voir avant de venir aider », reconnaît Évelyne. Déjà, la sonnette retentit : Isabelle et Thierry entrent. « Fontaine-l’Abbé, c’est notre village de cœur. Thierry y a toute sa famille et moi j’ai fait mon école ici. On vient pour les produits bon et pas chers, et pour la convivialité », explique Isabelle. Pendant ce temps, Thierry, qui travaille à déchetterie, en profite pour charger un énorme sac de cartons à recycler. C’est lui aussi qui a donné à l’association une table et huit chaises.
Puis arrivent Sylvie et Mickael. Le couple choisit ensemble ses produits : radis, œufs, pâté… Sylvie aime cuisiner en regardant l’émission de Cyril Lignac à la télé. Et Mickael, lui, se propose pour venir tondre la pelouse mardi. Les choses se font simplement. Les gens se croisent, font leurs courses, discutent et blaguent un peu.
À l’épicerie Fontaine de Saveurs, il n’y a pas d’espèces à la caisse. Les paiements se font en ligne directement via son compte adhérent, par chèque ou par carte bancaire. Claire, qui a bien rempli son panier d’osier, a participé à l’aménagement du local de l’épicerie. Chacun a mis un peu la main à la pâte. Gérard salue son ancien collègue Philippe, donne des nouvelles de sa femme à Evelyne et achète uniquement ce qu’il y a sur sa liste. Philippe prend les consignes pour entamer prochainement sa première mission de coursier. « Ici, on se dit bonjour, on se rencontre – ce qu’on ne peut pas faire en restant chez soi dans sa salle à manger. C’est vraiment plus sympa depuis qu’on a ce nouveau lieu de vie dans le village. J’espère qu’on pourra y ouvrir bientôt une guinguette. » Histoire de faire se rencontrer toujours plus d’habitants-adhérents à l’épicerie participative du village.
Les horaires de l’épicerie
– Jeudi & vendredi : de 16h à 19h
– Samedi : de 10h à 13h
Fontaine de Saveurs – 45 rue de la Fausse Acre – 27470 Fontaine-l’Abbé
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